À 78 ans, Wim Wenders signe avec Perfect Days un hymne contemplatif à la beauté du quotidien. Porté par l'interprétation lumineuse de Kōji Yakusho, ce portrait d'un nettoyeur de toilettes publiques à Tokyo est une leçon de vie d'une délicatesse infinie.
Hirayama, gardien des instants
Chaque matin, Hirayama se lève à l'aube dans son petit appartement de Tokyo. Il arrose ses plantes, enfile sa combinaison bleue, achète un café en canette au distributeur du coin et part nettoyer les toilettes publiques de Shibuya. Le soir, il dîne dans le même restaurant, lit quelques pages de Faulkner ou Patricia Highsmith, puis s'endort en rêvant d'arbres et de lumière.
Cette routine, filmée avec une attention méditative, devient sous le regard de Wenders une célébration de l'existence. Hirayama ne subit pas sa vie : il l'habite pleinement, trouvant dans chaque geste, chaque rencontre, chaque rayon de soleil filtrant à travers les feuilles, une source inépuisable d'émerveillement.
Tokyo, ville-personnage
Le réalisateur allemand, fasciné par le Japon depuis Tokyo-Ga (1985), filme la capitale japonaise comme jamais. Les toilettes publiques futuristes, conçues par des architectes de renom, deviennent des sculptures habitables. Les ruelles d'Asakusa, le fleuve Sumida, les jardins secrets : Tokyo se révèle dans sa diversité et sa poésie.
La bande-son, mêlant Lou Reed, Patti Smith et musique japonaise traditionnelle, accompagne cette déambulation urbaine. Les cassettes audio d'Hirayama, vestiges d'un autre temps, rappellent que la beauté n'a pas d'âge.
Kōji Yakusho, incarnation de la sérénité
L'acteur japonais, récompensé à Cannes pour ce rôle, offre une performance d'une subtilité remarquable. Son Hirayama parle peu mais dit tout par le corps, le regard, le sourire. Chaque micro-expression raconte une histoire, suggère un passé, ouvre sur une intériorité riche et complexe.
Yakusho incarne une forme de sagesse orientale sans jamais verser dans le cliché. Son personnage n'est ni un sage détaché ni un simplet heureux : c'est un homme qui a choisi, en toute conscience, une vie de retrait et de contemplation.
L'éloge de la lenteur
Perfect Days est un antidote radical à l'accélération contemporaine. Wenders prend le temps de filmer le temps qui passe : les ombres qui se déplacent sur un mur, les feuilles qui frémissent dans le vent, la lumière qui change au fil des heures. Cette lenteur n'est pas ennui mais attention : regarder vraiment ce qui est là.
Le film pose une question simple mais vertigineuse : qu'est-ce qu'une vie réussie ? Faut-il accumuler, posséder, performer pour être heureux ? Ou suffit-il d'être présent, ici et maintenant, à la beauté du monde ?
Verdict
Perfect Days est un film rare, de ceux qui vous accompagnent longtemps après la projection. Wim Wenders, au crépuscule d'une carrière exceptionnelle, offre une œuvre testament qui réconcilie l'Occident et l'Orient, la modernité et la tradition, l'ambition artistique et l'humilité du regard.
Un chef-d'œuvre de sérénité.
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